L’introduction de l’intelligence artificielle dans les outils de gestion des ressources humaines continue de susciter un contentieux naissant mais structurant en droit du travail.
Par une ordonnance de référé du 29 janvier 2026 (n° 25/02856), le tribunal judiciaire de Nanterre apporte une nouvelle précision sur les obligations de l'employeur lorsqu’un outil intégrant de l’IA est déployé sans consultation du CSE.
Dans cette affaire, une entreprise spécialisée dans les systèmes d’information, employant près de 2 000 salariés en France, a remplacé un outil RH existant par deux nouveaux logiciels fondés sur des technologies d’intelligence artificielle.
Ces outils avaient notamment pour finalités :
Si le CSE avait été informé de cette évolution, aucune procédure d’information-consultation n’avait été engagée préalablement à leur déploiement.
Saisi en référé, le tribunal judiciaire de Nanterre considère que l’employeur ne pouvait se limiter à une simple information des élus.
Le juge relève que :
Dès lors, leur introduction constitue l’implantation d’une nouvelle technologie ayant un impact sur l’organisation du travail, la gestion des compétences et les conditions d’emploi.
À ce titre, la consultation préalable du CSE s’imposait en application du Code du travail.
L’argument selon lequel ces outils ne feraient qu’« assister » la prise de décision humaine est écarté : le tribunal retient une approche concrète, fondée sur les effets réels des outils sur les parcours professionnels.
Le non-respect de cette obligation entraîne des conséquences lourdes pour l’employeur :
Cette décision illustre la vigilance accrue des juridictions face à l’introduction d’outils d’IA affectant les processus RH.
Cette ordonnance s’inscrit dans la continuité de décisions récentes relatives au déploiement d’outils numériques et d’intelligence artificielle en entreprise.
Pris ensemble, ces décisions dessinent une jurisprudence cohérente : dès lors que des technologies d’IA s’insèrent dans des processus de gestion du personnel ou influencent l’organisation du travail, l’employeur doit impérativement engager la procédure d’information-consultation du CSE avant tout déploiement effectif.