La directive européenne 2023/970 du 10 mai 2023, visant à renforcer l’égalité salariale par une plus grande transparence des rémunérations, doit être transposée dans le droit français au plus tard le 7 juin 2026. Elle impose un ensemble de nouvelles obligations d’information, de reporting et de transparence tant en matière de recrutement que dans le suivi des rémunérations internes. La France engage depuis 2025 un processus de concertation avec les partenaires sociaux afin de traduire ces exigences européennes en règles nationales. Les arbitrages présentés à l’été 2025 puis le 15 janvier 2026 dessinent les contours du projet de loi qui sera prochainement soumis au Parlement.
L’un des principaux chantiers de la transposition est l’adaptation de l’actuel index de l’égalité professionnelle pour y intégrer les indicateurs prévus au niveau européen. Plutôt qu’une simple actualisation, l’administration envisage une restructuration complète alignée sur des mesures plus fines et comparables.
Parmi les indicateurs de rémunération qui devraient être pris en compte pour répondre aux exigences de la directive figurent notamment :
Par ailleurs, le calendrier proposé envisage que la première déclaration des indicateurs se fasse avant le 1er juin 2027, par une plateforme dédiée, avec des modalités de fréquence ajustées selon la taille des entreprises.
La directive européenne impose des obligations de transparence dès la phase de recrutement, afin de réduire l’opacité qui entretient les écarts salariaux. En application des règles européennes :
Dans le cadre des arbitrages français, cette obligation devrait s’appliquer à toutes les offres d’emploi, avec l’exigence que les informations soient transmises par écrit aux candidats, même en l’absence d’annonce publique. Le texte ne fixe pas, pour l’instant, de limite légale à l’amplitude de la fourchette.
Au‑delà de la seule publication des écarts de rémunération, la directive instaure un droit d’accès des salariés aux informations sur les pratiques salariales au sein de leur entreprise.
Concrètement, la future loi française devrait imposer aux employeurs de :
Pour assurer l’efficacité des nouvelles obligations, le projet de loi envisage une gradation des sanctions administratives en cas de manquement :
La directive demande en effet aux États membres d’instaurer des sanctions « efficaces, proportionnées et dissuasives » en cas de non‑respect des normes de transparence et d’égalité salariale.
Le projet de loi envisagerait aussi de faciliter le traitement des litiges en matière de discrimination salariale en inversant la charge de la preuve : le salarié n’aurait plus à démontrer la discrimination, mais l’employeur devrait prouver qu’il n’a pas enfreint les règles de transparence et d’égalité.
Dans le cadre de la transposition, plusieurs harmonisations techniques et conceptuelles sont également envisagées :
Ces adaptations visent à assurer à la fois l’effectivité des droits reconnus par la directive et la protection des données personnelles des salariés confrontés à la communication de certaines informations sensibles.
Les arbitrages présentés par le ministère du Travail dessinent les contours d’une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale. Ils prévoient notamment une refonte de l’index de l’égalité professionnelle, de nouvelles obligations d’information des salariés, des exigences accrues en matière de transparence lors du recrutement, ainsi qu’un régime de sanctions administratives. Si ces choix restent susceptibles d’évoluer lors de l’examen parlementaire, ils traduisent la volonté de renforcer le cadre juridique français relatif à l’égalité salariale et à la transparence des pratiques de rémunération. Le suivi des modalités de mise enœuvre et de publication des indicateurs sera essentiel pour les entreprises afin de garantir leur conformité au futur texte.
Source : AEF